La fondation Suzanne Deutsch de la Meurthe

 

Dans les années 1900 à 1920, M. Henry Deutsch de la Meurthe dont le père avait fait fortune dans le pétroles Jupiter, ancêtre de la compagnie "Shell", était un mécène connu. On dirait de nos jours un sponsor attitré de tous les types de locomotion aérienne (dirigeables à moteur, avions) et il consacra une grande partie de son temps et de sa fortune à subventionner des instituts, des associations aéronautiques ainsi que des prix, défis, rallyes aéronautiques de l’époque dont on a du mal à imaginer la popularité. Il fut un des plus éminents présidents de l’Aéro Club de France de 1913 à sa mort en 1919.

Une de ses filles, Suzanne, née le 20 septembre 1892, comme certaines femmes fortunées de l’époque, eut une grande activité à caractère "social" pour promouvoir  : dispensaire, cités ouvrières etc… mais aussi consacra une partie de sa fortune à encourager la création et le fonctionnement de l’Aéroclub de l’Aisne, à sponsoriser certains coureurs de rallyes aéronautiques…

 

 

S’il y avait, à cette époque, beaucoup d’enthousiasme pour les raids, rallyes et de témérité dans ces courses au record… il y avait aussi beaucoup de casse.

Il faut se souvenir qu’en 1931 – cela surprendra probablement les plus jeunes d’entre nous – il n’existait ni caisse de retraite, ni organisation d’assurance spécifique, ni de sécurité sociale.

Or donc, le 20 mai 1931, Melle Suzanne Deutsch de la Meurthe faisait don à l’état français d’une somme de 2,5 millions de francs de l’époque sous les charges et conditions suivantes :

  • Que cette somme soit utilisée à l’acquisition par l’Etat d’un immeuble sis à Echouboulains
  • Que cet immeuble soit destiné à recevoir le personnel de l’aéronautique française, civile et militaire, dont l’état de santé nécessitait un repos temporaire ou de convalescence.
  • Que cet immeuble soit mis à la disposition d’un organisme privé appelé à l’aménager pour y faire fonctionner une maison de repos et de convalescence conforme aux termes de la donation.

La fondation « Maison des Ailes – S. Deutsch de la Meurthe » fut alors instituée pour assurer la mise en place et le fonctionnement de l’établissement et, à cet effet, la Fondation fut subrogée dans tous les droits appartenant à l’Etat et fut reconnue d’utilité publique le 13 mars 1934.

Le conseil d’administration de cette fondation est très particulier puisqu’y siègent es qualités des représentants de la fondatrice mais aussi de l’Armée de l’Air, des Ailes Brisées, de la FOSA (Fondation des Oeuvres Sociales de l’Air) et des associations et syndicats aéronautiques existant à l’époque dont la plus ancienne : l’APNA ou Association des Personnels Navigants de l’Aéronautique.

Le Président Paul DOUMER vint en personne inaugurer l’établissement en 1931. De nombreuses personnalités de l’époque (Laurent Eynac, fameux ministre de l’Air), le maréchal Franchet d’Esperey etc… faisaient partie du conseil d’administration de la Fondation.

De nombreux avions se sont posés à cette occasion dans les champs alentour… les règlements étaient plus souples qu’aujourd’jui et on ne craignait pas de casser un peu de bois à l’occasion… les mécaniciens suiveurs emmenant dans des voitures particulières le « nécessaire à réparer » !

L’ensemble de la propriété représente une superficie de 130 ha ; le château et ses dépendances immédiates représentent 20 ha, la partie restante (ferme et bois) est gérée directement par la Fondation et placée en location.

L’établissement de repos et de convalescence exista jusqu’à la guerre 39-45, le château fut réquisitionné par l’Armée en 1939, occupé par les Allemands qui en pillèrent les meubles.

L’Armée de l’Air, avec l’accord de Melle S. Deutsch de la Meurthe, installa alors en novembre 1942, dans le château de la propriété, une institution pour les orphelines de l’aéronautique «Institution de jeunes filles de la Maison des Ailes » où étaient admises les orphelines principalement de l’Armée de l’Air mais aussi, à l’occasion, des jeunes filles orphelines de navigants de l’aviation civile.

Claude GUIBERT, président de la Fondation et ancien élève de l’EPA 1951 / 1952