La vie à la Maison des Ailes

 

Il était une première fois, le 6 novembre 1942, trente d’entre nous.

Le sanglier était alors solide sur sa stèle de pierre.

Puis près de 2400 élèves les ont suivies.

Et, aujourd’hui, ce 26 octobre 2002, le sanglier abîmé par le temps n’est plus sur sa stèle de pierre.

Soixante ans !

Bel anniversaire. Pourtant la Maison des Ailes n’est plus. Nous sommes là, tous, pour un dernier « au revoir » à ce château qui a été le nôtre pendant presque 60 ans.

Que de souvenirs ! Des tristes, des gais, des souvenirs de petites filles, de fin de guerre, de restrictions, de zéros de conduite, de Melle Darne, de thé bien chaud en plein hiver (c’était du gros rouge dans les années 50 !), de gargarismes à l’eau de Javel, de badigeons au Bleu de méthylène, de tours de cour au pas en chantant. Et les promenades sur les routes d’Echouboulains à Valence en Brie, sans oublier les dimanches de printemps où nous descendions secouer les couvertures dans le jardin à la Française etc etc.

Avant tout, au nom de toutes les anciennes, je souhaite remercier de tout cœur les membres de l’association qui ont permis la réalisation de cette commémoration.

Trente élèves en 1942 ! Nous avons la chance d’avoir dans l’assistance la première inscrite sur les registres de l’école, le premier numéro d’internat : le numéro 10, Mme Arlette Choulet. Nous avons aussi Jeanine Pierrat, numéro 17, Elvira Boulleray, numéro 34, Jeanine Joly, le 36, Annie Garnier le numéro 45. Ne vous y trompez-pas, ce n’est pas le loto !

Où êtes-vous, les aînées ? Montrez-vous.

La deuxième année et jusqu’en 1944-45, Liliane et Danielle Sicard, n° 50 et 51, Monique Quantin, n°52, Gisèle Plantier, n° 56, Lucille Guénard, n° 60, Liliane Le Deley n° 67, Annie Creter n° 73, Jacqueline Valat le n° 85… montrez-vous.

65 élèves en 1944, 120 élèves en 1946. Tout ce petit monde loge au château : cours, internat, bibliothèque, messe du dimanche au salon, lingerie, cordonnerie etc… le château devient vite trop petit, les trois chalets en bois seront construits pour recevoir les salles de classe et externat. Le cours de tennis suivra à côté ainsi que la piscine en perspective du jardin à la Française. Ne vous étonnez pas, les plus jeunes, vous ne l’avez pas connue. Elle a été supprimée pour difficultés d’entretien : les lapins s’y noyaient à la brune, elle a très vite ressemblé à l’étang. Quelles sont celles qui y ont passé leur brevet de sauvetage, dans les années 60 ? Souvenez-vous du mannequin trop lourd qui tombait au fond et qu’il fallait remonter en un temps record !!!

Des souvenirs en vrac ??? Ceux que nous ont confiés certaines : le lustrage des parquets avec les culs de bouteille, les élèves transformées en œufs de Pâques pour faire croire aux Allemands qu’il y avait une épidémie d’oreillons… Messieurs, vous imaginez !!!

Le tri des lentilles le soir au réfectoire en chantant, les séances de cinéma, la vaisselle dans l’office. Et les séances de vaccination à dose pour militaires pour tous ces bouts de chou qui pesaient 30 kg toutes mouillées (on restait paralysées à l’infirmerie pendant trois jours).

Parlons des alertes au feu, en pleine nuit, transies, les yeux à peine ouverts, au radar.

Et la St Charlemagne, jour de l’année où nous pouvions sur un mode humoristique, critiquer nos professeurs sans crainte de représailles, ça c’était la théorie !!! Parce que dans la pratique hum hummm !!

Et la fête de la St Jean avec son feu immense au milieu du jardin à la Française. Souvenez-vous, sous les étoiles, assises en rond autour du feu, la main dans la main, chantant « Aux marches du Palais » et « ce n’est qu’un Au revoir mes frères ». Y aurait eu de quoi pleurer si ça n’annonçait pas les grandes vacances. « A bas, les pénitences et les cahiers au feu ! » (On ne va pas mettre les maîtresses au milieu !)

Je vois que vous avez de la mémoire.

Parlons aussi de la présentation des équipes qui durait des heures pendant lesquelles il ne fallait pas bouger d’un cil. « Même si une guêpe vous pique » disait Melle Darne.

Et n’oublions surtout pas le clou de l’année : la distribution des prix, préparée des mois à l’avance, les danses exécutées sur le macadam qui nous brûlait les pieds. Nous étions très gâtées, toutes les bases aériennes nous envoyaient des livres somptueux. Certaines valises étaient bien lourdes. Il faut dire aussi que l’Armée de l’Air était très contente de nos résultats scolaires, entre 90 et 99 % de réussite au baccalauréat pour ne citer que lui. Nous avons toujours été au palmarès des meilleurs lycées de l’académie de Créteil. Il faut dire que nous avions des cours presque particuliers. Les professeurs et tout l’encadrement permettaient ces résultats et nous avions si peu de loisirs ! Un peu trop de surveillance et une discipline parfois bien pesante.

Les grandes s’occupaient des plus jeunes, nos équipes étaient comme des petites familles. Le sous-chef vérifiait l’ordre dans les armoires etc et le chef s’occupait de la propreté des oreilles et des problèmes de chacune.

L’étang, avec ses nénuphars et ses grenouilles, n’a pas toujours été le club med que les plus jeunes ont connu, il était interdit d’y aller mais il était très fréquenté… l’attrait du fruit défendu ! Et si vous cherchez bien sur la fontaine de Jupiter, votre nom y est peut-être encore visible.

Pour boucler la boucle de ces 53 glorieuses, nous avons la première élève entrée en 1942, Arlette, mais aussi une élève entrée l’avant dernière année : j’appelle George Marie Souquet.

A la tristesse de quitter Echou, nous avons eu la joie d’être bien accueillies à Montbonnot. Des anecdotes nous en avons plein mais je ne voudrais pas être trop longue.

Participer à la vie de l’Association, c’est la plus belle façon de ne pas oublier la Maison des Ailes. Tant qu’il y a le souvenir, y a la vie !

Maison des Ailes-Envol – Envol-Maison des Ailes, à entendre ces 2 noms, c’est l’image d’un oiseau qui vient à l’esprit. A propos, j’ai vu deux oiseaux qui jouaient sur la stèle du sanglier.

Aujourd’hui, nous sommes plus près de 400 que de 300. Devant un tel succès nous tenterons de renouveler l’essai. Ainsi, toutes celles qui, déçues de n’avoir pu être ici, sont avec nous par la pensée –beaucoup nous l’ont écrit -, pourraient une nouvelle fois se joindre à nous.

On ne dira pas au revoir notre jeunesse, ce serait trop triste.

Au revoir Echou et notre beau château … et peut-être à bientôt.